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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 14:53

La question qui n'est pas posée est:

L'apprentissage précède-t-il la pratique?

Ce qui entraine pour nous la reflexion suivante: une école publique d'enseignement artistique est-elle... une école ou bien un lieu de pratique?

 

Faisons un détour...

 

Qu'est-ce qui différencie une association d'un organisme public?

 

Dans une association les élèves paient une inscription qui s'approche du prix coûtant, ce qui peut être incitateur, mais permet à certains de consommer sans effort avec bonne conscience.

Dans un organisme public une forte part est prise en charge par la collectivité (les impôts de tous... il serait bon parfois, de le rappeler aux consommateurs), ce qui pourrait autoriser à l'école une certaine exigence d'investissement de la part des élèves et de leurs parents, mais qui permet là aussi, paradoxalement, une utilisation passive et assez veule du service public: "c'est public, j'y ai droit"

 

Dans une association, un professeur qui ne parvient pas à "séduire" les élèves d'une manière ou d'une autre  voit sa classe péricliter et disparaître.

Dans un organisme public, le phénomène est tempéré par l'organisation des cours (les élèves en surplus dans une classe sont redirigés vers les autres classes, avec ou sans succès), les professeurs ayant des contrats, voire, étant titulaires, sont -en partie- protégés par leur statut.

 

Une association se construisait autour de ses pratiques collectives seules à rapporter, seules à fédérer (chorales, orchestres, fanfares, harmonies...) et autour de ses spectacles, pour les mêmes raisons, et ces spectacles s'inscrivaient de fait dans le vie locale.

Une école se construisait depuis assez longtemps autour de ses enseignements techniques et tente de fédérer et de développer sa visibilité dans des pratiques collectives qu'elle est souvent obligée de rendre obligatoire "par cohérence pédagogique" et des prestations plus ou moins intégrées dans la vie locale, multipliées par le nombre de cours et donc de nécessités pédagogiques.

 

Et surtout, fondamentalement, une association ne vivait que par la volonté de ses adhérents, tandis qu'une école publique est entièrement soutenue par l'invisible collectivité.

Nous nous sommes tellement bien habitués à voire tenir debout ces organismes improbables par l'opération du Saint-Esprit (c'est à dire de la Sainte Collectivité) que nous ne pouvons plus supporter l'engagement collectif réel qu'impose une association, et nombreuses sont les mini équipes épuisées de tenir leurs associations à bout de bras sans jamais arriver à se renouveler...

 

Je reviens à la question de départ: l'apprentissage précède-t-il la pratique? Une école de musique publique est-elle un lieu d'enseignement initial, ou un lieu de pratique artistique. La pratique autonome des arts impose un engagement personnel qui, tout en lui étant parallèle et complémentaire, n'est pas le même que celui de l'apprentissage. Cette pratique requiert une liberté de volonté et d'action qui ne sont pas toujours compatibles avec la disponibilité qu'impose l'apprentissage,. Qu'on me comprenne bien, je ne dis pas que l'apprentissage suppose la passivité, car je suis persuadée que la passivité est le premier ennemi de l'apprentissage.

Mais une école publique ne peut pas reposer sur la liberté de ses membres, professeurs et élèves. La pratique artistique qui y prolonge l'enseignement est une pratique forcément guidée, plus ou moins sous contrôle, organisée en cohérence pédagogique. Tout le contraire d'une création autonome et libre.

 

L'enseignement technique ne peut pas être le fait d'amateurs, mais la pratique amateure ne doit pas être confisquée par les professionnels... C'est la quadrature du cercle...

 

Ma conviction est qu'un enseignement efficace doit donner les moyens et l'envie d'y échapper!

 

Que l'on appuie les enseignements sur des pratiques collectives et des prestations diverses, rien de plus évident et nécessaire, mais une pratique artistique personnelle ne peut pas se satisfaire du carcan de l'école. C'est pourquoi je crois, au fond, que le lieu d'enseignement ne peut et ne doit pas être identifié à un lieu de pratique mais doit en susciter et promouvoir la création indépendante.

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Published by Le quatuor de Bercé - dans Enseignement
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