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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 23:28

Quel curieux départ...Pas vraiment un temps, pas vraiment une levée... les deux violons puis le violoncelle partent les uns après les autres, comme l'eau rompant de petites digues de terre mêlée de branchages et dont les ruisselets rejoignent une rivière. Mais tous au milieu du temps, incertains jusqu'au franc départ de l'alto sur un arpège d'accord parfait. Quel thème optimiste et joyeux... Le monde américain s'éveille au bord d'un fleuve... Un premier "ohé" plein d'espoir matinal, auquel répond le premier violon en reprenant le thème, puis la ville semble se remplir de cris, affairée en un  rien de temps: ces gens n'ont pas de temps à perdre!

 

D'abord, quel tempo choisir? Dvorak écrit 112 à la noire. À ce tempo, on est irrésistiblement tiré vers vers une pulsation à la blanche, et pourtant, il a bien écrit son allegro "ma non troppo" à la noire... Je comprend "allègre" de allégresse mais pas trop vite.... Nous choisissons un tempo un peu en dessous pour commencer. Peut-être, quand nous aurons nos "habitudes" saurons-nous profiter de la vitesse sans tomber dans la hâte. Pour l'heure, ce qui importe, c'est cette allégresse, cet espoir incroyable né de l'immensité, de l'inconnu, de l'aventure, du concert de tous les "possibles".

 

Ensuite, interpréter l'embrouillamini de traces laissées par toutes ces articulations, ces indications de nuances: pas une note sans habillage, pas une mesure nue... L'ambitus de nuances: du ppp au ff, bousculés par les fz, les sfz, les fp et jusqu'au ffz. nageant parmi les crescendi, les diminuendi, les soufflets...

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Le langage des articulation est lui aussi terriblement sollicité: tirets, points, chevrons, accents viennent rompre ou bousculer tout un réseau de liaisons.

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Que faut-il penser de cette surenchère d'indications parfois contradictoires? Dvorak était altiste et qui plus est quartettiste, il savait donc parfaitement ce qu'il faisait en surchargeant ainsi sa partition. Est-ce qu'il faut prendre ce fourmillement d'informations pour la volonté de transmettre de l'agitation? Parfois émergent de tout ce cliquetis une phrase rêveuse au 1er violon, ou lyrique au violoncelle, comme échappées d'un coeur gonflé sans cesse par l'émotion que lui donnent ce monde trop neuf, ces espaces trop grands, ces espoirs trop nombreux, et même, cette modernité déjà envahissante qu'on entend au coeur du mouvement: locomotive traversant le cerveau du compositeur à grand renfort de syncopes et de "sifflet".

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À la fin du mouvement, on aspire au repos, à la lenteur, à la contemplation. On ne sera pas déçu par le second mouvement... Mais c'est une autre histoire...

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Published by Le quatuor de Bercé - dans commentaires d'oeuvres
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