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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 23:50

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Lento


Encore un mouvement pour lequel il est difficile de trouver un tempo juste... Dvorak écrit 112 à la croche, c'est extrêmement rapide; le moins qu'on puisse dire, c'est que celui qui a le thème n'est pas "ad aggio", à l'aise... En revanche, l'accompagnement est, à ce tempo, tout à fait fluide, à la fois calme et chaloupé comme emergeant d'un grand fleuve.


J'imagine qu'il faut trouver un juste milieu entre le temps que nécessite l'écriture profuse du thème, et la fluidité requise par l'accompagnement. Trop lent, c'est ennuyeux, trop vite, c'est agité...

 

Sur les chemins de l'école, dans ma voiture, j'ai éteint la radio après le final de la 7e de Dvorak. Traversant la forêt tutélaire du quatuor que réveillent les pousses pointillistes des chênes, je me chante le début du lento, mon thème, à la manière d'Ella Fitzgerald. J'entends cette fluidité lente du blues. "Let my people go" s'invite à la fin de la première phrase. J'entends cette manière si particulière de tourner autour des notes en cassant la voix. J'entends "Summertime" de Gershwin, Nina Simone termine la répétition du thème...

 

Qui influence qui?

Dvorak écrit le quatuor en 1893 en même temps que naît le blues. Il meurt en 1906. Gershwin naît en 1898 de parents ayant fuit les pogroms russes, Ella Fitzgerald en 1917...

Les litanies noires, elles, ont traversé l'océan bien plus tôt, et se transmettent patiemment dans la douleur et l'espérance depuis des générations....

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Au retour de mes cours, le soir tombe sur la campagne rafraîchie; j'entends une autre voix. C'est le violon de Schéhérazade de Rimsky-Korsakov (1888), qui conte les voyages de Simbad le marin, accompagné par la houle orchestrale. Mêmes arabesques, mêmes guirlandes de notes au violon. L'orchestre, en arpèges syncopés semble peindre des vagues, hautes et rondes, quand l'accompagnement du quatuor, dont les syncopes molles s'arrêtent sur la tierce, évoque un flot tranquille.

 

Le matin, je travaille mon thème au métronome, à 100 à la croche, tentant de le faire doucement rouler, sans heurt et sans pesanteur, le long des rigides battements, liberté de l'imagination derrière les barreaux de ma prison sonore. Je m'accroche à 100, tentant de ne pas négliger une seule nuance, de ne pas abandonner une seule note sans son voile frémissant de vibrato; je m'épuise à convaincre Monsieur Loyal de m'attendre!


Il sera toujours temps, lors de notre prochaine répétition, de prendre mon temps avec ravissement...

 

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Published by Le quatuor de Bercé - dans commentaires d'oeuvres
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