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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 23:07

Ma sentence du jour: Pour la plupart, nous ne sommes pas des génies, et lorsqu'on n'est pas un génie, ce qu'on veut dire n'est rien si on ne respecte pas celui qui vous écoute.

 

Respecter ce qu'il aime, respecter qu'il aime, respecter aussi... qu'il n'aime pas...

Que tout cela est parfois difficile pour les musiciens exigeants et prétentieux que nous sommes, et que cela est difficile à transmettre à nos élèves...

 

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Chez les Borodine du début, une prodigieuse science du tempo, un art merveilleux pour modeler la pâte sonore. Une pâte tour à tour fluide, onctueuse, ferme, craquante... Leurs sons se mélangent comme des couleurs, puis se dissocient comme des cailloux, leurs voix se mêlent et se démêlent au gré de l'écriture.

 

Sur la route, toujours...

La radio. Une émission sur les Borodine, que j'ai du abandonner en arrivant à l'école, alors qu'ils étaient en plein quintette de Mozart... L'animatrice, lisant les souvenirs du violoncelliste Valentin Berlinski, avait auparavant relaté le sacrifice de Rudolf Barchaï, l'altiste qui, pour créer le quatuor (alors "Quatuor Philharmonique de Moscou") a abandonné une prometteuse carrière de violoniste, et pour le développer, refusé le poste d'alto solo de l'orchestre du Bolchoï...

Oui... Pour la plupart, nous ne sommes pas des génies... et nous ne faisons pas les mêmes sacrifices qu'eux non-plus!

 

Cela m'a redonné l'urgente envie d'écouter leur version (1962, chez DECCA) du quatuor de Borodine que nous travaillons, je devrais dire que nous torturons en ce moment! À moins que ce ne soit lui qui nous torture...

 

Notturno.

 

Sur un tapis de syncopes frémissant, à la fois vaporeux et dense comme une brume de fleuve, la longue mélodie amoureuse du violoncelle se déroule sans affectation, à la fois chaleureuse et contenue, presqu'un peu guindée.

 

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Le 1er violon lui fait suite, tout aussi simple mais sans raideur,  accompagné, précédé, suivi, veillé, par un alto à la fois prégnant et effacé. 
Au fond du décor ondoie imperceptiblement la brume où se discernent à peine violoncelle et second violon.

 

Comment se sont-ils mis d'accord? Qui les inspirent? comment ont-ils travaillé, chacun dans leur coin, pour se fondre ainsi? Ont-ils répété inlassablement, jusqu'à épuisement de la raison, pour atteindre une sorte d'hallucination collective?

 

La suite est d'une fluidité prodigieuse, le tempo ne reste pas deux mesures en place et pourtant tout semble parfaitement à sa place, chaque mot est dit dans l'espace qui lui convient, chacun s'avance ou se retire tour à tour, sans jamais écraser le tout ni disparaître tout à fait...

 

Finale.

 

Festival de timbres improbables, danse effrenée, pittoresque et citadine; on est étourdi par le mouvement, par les nuances sonores, les accelerandi et les suspensions à la limite de l'équilibre; ils sont quatre et semblent une ville entière.

Il y avait de l'accordéon dans le premier mouvement, ici le diable joue de l'orgue, inquiétant, de plus en plus menaçant (merveille que ce contraste de tempo chaque fois agrandi dans le triple refrain de quatre phrases que se lancent les instruments par deux puis réunis), avant de laisser la multitude se disperser dans des courses poursuites.

 

Je viens de télécharger la version de 1954 du Quatuor Hongrois:

http://quartier-des-archives.blogspot.com/2009/12/borodine-quatuor-n2-tchaikovsky-quatuor.html

On me dira eh!, tu n'as pas trouvé de quatuor plus récent? J'ai essayé Prazak qui m'a infiniment déçue. Je crois que l'accordeur, le métronome electronique... et l'argent (allez savoir pourquoi, je ne suis plus très sûre de l'ordre!) ont coupé les l'inspiration des musiciens de ma génération. Tout est parfait, la justesse est parfaite, la prise de son est parfaite, le texte est respecté (après tout, qu'est-ce que ça veut dire?), c'est très intelligent et on s'ennuie à mourir... Ravel dirait "pas assez de contraintes formelles". On prend on jette on recommence, comme en amour. On cherche l'entente parfaite, le grand amour, et on ne construit plus rien avec ce qu'on a. C'est la musique Kleenex.

 

Et bien... ça ne me réussit pas d'avoir mon anniversaire à Noël...

 


 

 

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Published by Le quatuor de Bercé - dans commentaires d'oeuvres
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